réflexion et révolution
- L'abeille lunaire

- il y a 4 jours
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Qu'est-ce que la révolution ?
Avec le mot « anarchie »,
voilà un couple qui effraie. Même les plus fervent.es gauchos, même celleux avec qui on aime discuter d'un monde meilleur, celleux avec qui l'on s'entend pour espérer un changement, même elleux, pourtant, sont rebuté.es par ce chaos présupposé, ce bousculement inconfortable... en bref, la révolution et les idées anarchistes terrifient. Et cette peur nous empêche de nous y intéresser pleinement ; cette peur, ce manque d'audace, si je puis me permettre, nous empêchent d'avancer.
On en arrive aux contradictions,
à nos propos qui aussi utopiques soient-ils ne restent que des mots,
et ensuite on ose critiquer les autres,
les capitalistes, les patrons, les propriétaires...
Qui est conforme, qui sont les cons confortablement installés dans les formes crées pour les accueillir ? Con-formes. Sans vouloir être agressif.ve, vous êtes bien mignons dans vos discussions et vos bonnes intentions, mais qu'est-ce qui vient après ? Que peut-on faire ? A quoi bon en parler si ce ne sont que de belles paroles ?
A quoi bon avoir bonne conscience ?
La révolution est inconfortable, les pensées anarchistes sont inconfortables, parce que nous n'y sommes pas habitué.es, parce que ce n'est pas ce que nous avons appris, mais désolé.e, la révolution et les pensées anarchistes vont être inévitables. Que l'on soit d'accord ou non, il va falloir y passer, plonger dans ces réflexions et s'ouvrir un peu à l'idée de changement.
Parce que dans quel genre de monde vivons-nous si nous sommes résigné.es à ce qu'il soit tel qu'il est et que jamais il ne soit autrement ? La vie est mouvante, l'humain est mouvant, son monde et son cadre de vie le sont aussi. Il n'y a pas une seule vérité, une seule solution, une seule finalité, ni une fin fixe, rien de tout cela, il n'y a que la vie, les erreurs, les essais, la création et l'espoir.
La révolution et l'anarchie, un couple qui pose des questions.
La révolution n'est pas nécessairement anarchiste, ni même populaire, libertaire, que sais-je. Il n'y qu'à voir 1789, une dose de bourgeoisie à en faire rager mes anars préféré.es. La révolution c'est un bousculement, un renouveau, la proclamation d'un nouveau monde, d'une nouvelle société. Souvent associée à un instant t, précis, à un moment historique fort et violent, l'explosion du vieux monde pour que puisse naître le nouveau, la révolution sait pourtant prendre son temps. Aussi spontanée et radicale soit-elle, la révolution est l'explosion qui n'a été rendue possible que par une ribambelles d'étincelles, d'essais et de feux ratés.
Révoltes, insurrections, grèves, revendications, manifestations, répression, voilà les étapes qui se mélangent, qui s'éternisent, qui tournent en rond comme un disque rayé, qui annoncent la révolution – ou un besoin de révolution.
L'anarchie questionne notre cadre social, nos normes de genres, nos couples, nos familles, notre travail, l'anarchie cherche du sens et révèle là où il n'y en a pas. L'anarchie demande « pourquoi ».
Pourquoi rester là si tu n'en as pas envie ?
Pourquoi te résigner à ce quotidien ?
Pourquoi ne pas se permettre de rêver d'une vie meilleure ?
Pourquoi participer à cette économie qui opprime, qui tue, qui torture, qui écrase ?
Pourquoi fermer les yeux ?
Pourquoi chercher à avoir bonne conscience et pas à bien agir ?
Pourquoi prendre soin de soi si le monde ne prendra jamais soin de nous ?
Pourquoi, alors, rester dans le monde,
lui qui ne prend pas soin de nous et qui ne prend pas soin de nos proches ?
Pourquoi ne pas créer un nouveau monde ?
Au pire ça foire,
mais on a déjà tellement foiré au cours de nos vies et de notre histoire, alors qu'avons-nous à perdre, franchement ? Et notre vie, celle qui n'appartient qu'à nous et qui est pourtant conditionnée et tordue par tant de douleurs extérieures injustes, pourquoi ne pas se la réapproprier ? Pourquoi ne pas juste la vivre, bêtement, quitte à « sonner » utopique et farfelu, quitte à être ce.tte romantique insatiable, quitte à être cet.te artiste rêveur.euse ?
Je trouve ça mieux que le ton résigné et épuisé du fonctionnaire désabusé.
A l'enfant que j'étais on a pu demandé ce que je voulais et voulais être, je ne crois pas que j'aurais répondu : un.e travailleur.euse exploité.e, un humain qui a besoin d'argent pour mériter de manger, une femme violée, un homme enrôlé, un.e queer tabassé.e, un.e fonctionnaire qui attend impatiemment le week-end comme la déprime attend le soulagement de la mort.
Je ne dis pas que j'ai la réponse, la science infuse, la grande sagesse, je ne dis pas que mes idées conviennent à toustes, je ne dis pas que ce cadre critiqué n'est pas « bon » pour certain.es, je dis juste que, moi, ça me rend triste. « My toxic trait », en fait, c'est de ne pas comprendre comment certain.es s'y résignent. Peut-être parce que, aussi confortable et bon soit-il, ce cadre est bâti sur des injustices, des violences dont on parle trop peu, et j'en ai la nausée.
J'aimerais seulement être sûr.e que tout le monde vit la vie qu'iel mérite de vivre, oui,
digne, aimante, calme, belle, passionnée.
Et si mon cadre de vie suppose que certain.es personne ne vivent pas ainsi,
alors je vais déserter.
L'anarchie, fourbe, nous révèle que la seule solution à nos maux et à ceux des autres c'est un changement radical et immédiat. A quoi bon attendre plus longtemps ? Le capitalisme et une politique hypocrite ou d'extrême-droite continueront de nous prouver qu'ils sont nocifs, des ex toxiques dont on n'arrive pas à se défaire et qui, pourtant, mentent à chaque sourire. Faux espoirs.
On peut attendre, « essayer » toutes vos options réformistes, politiquement correctes, « sages » et raisonnables, en attendant le résultat sera toujours le même. Si vous voulez vraiment essayer quelque chose qu'on a jamais essayé – parce que les fachos on « essaie » depuis longtemps et c'est pas joli joli – essayez d'être justes, d'être solidaires, d'être rêveur.euses, utopistes, essayez d'imaginer un monde où tout le monde pourrait y trouver son compte, essayez de vous convaincre que ce n'est pas si idéaliste que cela, essayez l'anarchie.
Je veux dire... d'un côté des nazis qui créent des frontières pour protéger leurs intérêts, de l'autre des punks désillusionné.es, certain.es utopistes, des artistes et des queer fatigué.es de justifier leurs existences, un petit monde qui ne souhaite qu'un monde, même pas si grand, même pas mondialisé, juste un bout de terre où, pour de vrai, on ferait toustes de notre mieux.
Est-ce utopiste d'oeuvrer pour une société où chacun.e ferait de son mieux ? Pas juste moi, pas juste mes ami.es, mais tout le monde, pour « bien vivre » ensemble. Je peux me déconstruire, prendre soin de moi, aller en thérapie si c'est ce qu'il faut faire, moi je veux bien, mais si je suis lea seul.e à le faire, à quoi bon ? J'en ai marre de prendre les coups.
Qu'est-ce que la révolution ? C'est un ras-le-bol. C'est quand ils ont tellement tiré sur l'élastique qu'il leur explose à la gueule, ouais. Pas faute d'avoir prévenu, pourtant. La révolution ce n'est pas le feu, le sang, les larmes et le deuil, c'est la mise en acte d'un monde meilleur. Et si on se concentre un peu, assez longtemps, si on reste attentif.ves à ce qu'on fait, on peut ne pas se faire voler notre révolution par les capitalos ou les bobos.
Et si ça doit passer par le feu, le sang, les larmes et le deuil,
amèr.e je dirais : « si c'est leur sang, pour une fois, et pas le notre,
ce ne sera que justice »,
mettre à feu l'économie,
saigner les idées racistes, transphobes, lesbophobes, homophobes, sexistes,
faire pleurer les privilégié.es
qui ne veulent pas renoncer à un confort pour sauver des vies,
faire le deuil d'un vieux monde qui, peut-être, fut nécessaire,
fut bénéfique, fut important à sa manière,
mais un vieux monde où l'on a trop pleuré de petits hommes morts au combat ;
peut-être faut-il faire le deuil de cet.te ex qui n'a jamais voulu notre bien,
malgré ses belles promesses.
Alors que faire ? Par où commencer ?
Embêtez tout le monde avec ces idées, avec ces rêves, avec ce qu'ils appellent l'utopie, la fantaisie, l'imaginaire. C'est un monde triste, il faut commencer à l'inonder d'espoir et de rêves. Tant pis s'ils trouvent ça irréalisable. Plantez vos graines, qui sait, dans quelques années reviendront peut-être les forêts.
Implantez ces idées dans les esprits, dans les rues, faites des stickers, si vous êtes artiste alors n'abandonnez pas et faites ce que vous savez faire et aimez faire. Faites une fête de votre vie, ne faites pas la vie toute faite (Suzanne, lendemain de fête). La révolution commence, effectivement, dans ce que l'on incarne. Alors oui oui, prenez soin de vous, incarnez ce que le capitalisme déteste : la confiance, l'amour, la solidarité, le style (slay).
Punk is not dead.
Portez vos idées politiques comme on porte un foulard.
Soyez solidaires, n'attendez rien en retour à part un sourire, la satisfaction d'aider autrui suffit. Offrez les vêtements que vous ne portez plus, offrez la nourriture que vous ne mangerez pas, ne baissez pas les yeux face à ce qui vous déplaît et offrez ce que vous pouvez offrir, même si ce n'est que de la gentillesse. C'est déjà tellement plus que ce que le monde actuel ne nous offre.
La gratuité c'est le début de tout.
Gueulez, écrivez, parlez, diffusez, soyez là, soyez fort.es, n'ayez pas peur, punk is not dead, ils pourront essayer de le tuer, ces idées humanistes nous survivront. On y arrivera, au pire on aura essayé, et en essayant on aura fait la fête, on aura profité d'une vie telle qu'elle doit être : libre.

(image pinterest, credit??)
signé : une abeille lunaire

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