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Rapport qualité/prix



La notion d'équilibre m'a toujours intéressé.e, intrigué.e, fasciné.e.


C'était ma conclusion à tous les débats, « c'est une question d'équilibre », et celleux ayant un avis radical, bien tranché, levaient les yeux aux ciel. Comment le leur reprocher ?


Lorsqu'on est sûr.es, la nuance est exaspérante. Elle ressemble à une leçon de morale, à une forme de sagesse mégalomane, l'équilibre c'est bon pour ce bobo qui sait ce qui est le mieux et qui peut se l'offrir. C'est bien facile de parler d'équilibre quand on a la chance et le privilège de pouvoir le rendre réel.


L'équilibre, s'il est bel et bien la réponse à tous les maux, demeure un idéal. Et cela fait de moi un.e idéaliste. Je ne sais pas comment faire advenir l'équilibre, je ne vis pas de manière équilibrée, je ne suis pas équilibré.e. Je ne fais que constater l'instabilité et la carence de foi en ce terme.

Equilibre. Une nuance bien jolie dans un débat rhétorique, mais concrètement ce n'est qu'un mot qui n'accepte aucune répartie. Que répondre à cela ? Comment défendre l'inverse de l'équilibre ?


Le chaos, même séduisant, n'amène pas et n'offre pas ce que l'équilibre promet. Mais le chaos, lui, est réel. L'équilibre se fait désirer. Alors, s'il faut vivre, autant vivre de manière chaotique plutôt que pas du tout. Mais, s'il faut vivre selon des principes, autant tendre vers ceux qui promettent ce qu'il y a de mieux.


L'équilibre est une belle idée, la réalité est une arnaque.

L'équilibre est l'idéal, où se trouve-t-il dans notre quotidien ?


Lors d'un débat sur le bonheur, je sentais bien que l'argument que l'on m'opposait était : « trouve le bonheur dans les petites choses et le quotidien malheureux sera plus supportable », autrement dit : équilibre entre malheur et joie, et tu trouveras suffisamment de bonheur. Je ne m'attarderai pas sur le fait que, avide, j'en veuille en abondance. Non, ici ce qui me tracasse c'est le ratio. Depuis quand les petits bonheur compensent les grands malheurs ?


Il me semble qu'on a normalisé les grands malheurs et que, de ce fait, leurs symptômes dans nos vies, aussi puissants soient-ils, doivent être acceptés et passés sous silence. Peu importe la dépression, la lassitude et la fatigue, c'est la vie. Lis des livres, balade toi en nature, apprécie un verre de porto et tu auras tout ce qu'il te faut. Lire des livres, avoir accès à la nature et à un plaisir gustatif est déjà tellement privilégié qu'on ne voit pas à quel point un livre, un arbre et un apéritif ne suffisent pas à compenser des heures de survie.


Si je réponds que tout le monde n'a pas accès à ces « plaisirs simples » l'interlocuteur anéantira le débat en disant « ah oui mais là c'est un autre sujet » alors que pas du tout.

Non seulement on utilise un de mes concepts préférés pour me donner tort mais en plus on fuit le débat. Alors je dois contester. Utiliser mon concept contre mon concept, ou du moins réinvestir ce concept mal-utilisé par mon interlocuteur qui, souvent, est un homme blanc cis hétéro bourgeois (ou un quelconque individu qui a eu la chance de trouver satisfaction dans un système fait pour lui).


La question n'est pas mon bonheur individuel, ce n'est pas le cœur du problème. La question c'est pourquoi la plupart des personnes ne sont pas heureuses. Même en ayant le « minimum » nécessaire, le minimum matériel (un toit, à manger et à boire), pourquoi est-ce si difficile d'être heureux.se ? Si on veut vraiment prendre mon exemple, pourquoi ne suis-je pas heureux.se alors que j'ai un toit et de quoi subsister ? Parce que le bien-être ne dépend pas que de cela, certainement pas. Et quand bien même cela suffirait, la condition pour obtenir ce minimum n'est-elle pas disproportionnée ?

Un effort dévastateur n'offre pas de réconfort, il épuise purement et simplement. Et, épuisé.es, impossible d'être heureux.se. Le bonheur est quelque chose qui se vit, s'expérimente, se ressent profondément, pleinement, ce n'est pas un instant volé, ne récompense, un mérite.


Si 5€ pour une boîte de 6 œufs me semble être un prix injuste, 5 jours de peine pour 2 jours de liberté me semble d'autant plus injuste.


Le prix à payer, pour avoir le droit de se reposer, est trop élevé. De plus, que faisons-nous pendant ces deux jours ? Pour ma part je dors, je récupère tout ce que j'ai sacrifié pendant cinq jours, et quand mes batteries sont à peu près pleines, quand je pourrais enfin consacrer mon énergie à un peu de bonheur, je me reprends cinq jours dans la gueule.


Le bonheur est un privilège.

Mais qui détient ce privilège ?

Et que faire pour qu'il ne soit plus inatteignable ?


Tout commence par un cri. De l'audace. Une bonne équipe. Et ça crée une musique engagée, énervée, une musique qui s'envole plus loin, plus haut, et qui, si on l'arrose suffisamment, donnera peut-être des fruits. Les métaphores sont pas mal pour trouver d'autres formules pour dire « osez agir ». J'ai lu une phrase il n'y a pas si longtemps qui disait « au pire on meurt ». C'est terrible mais elle résonne en moi. Au pire, on meurt. Et c'est vrai, au pire on meurt en ayant essayé. Le pire serait de mourir avec des regrets, pour paraphraser Bigflo et Oli. Je crois que je préfère me dire « au pire je meurs » que « je vis dans le pire ».

« Vivre, c'est prendre des risques » écrivait Nietzsche. Le risque c'est de sortir de son lit, de traverser la route, de quitter son job, de quitter son mec, de se mettre en couple, de partir en voyage solo, de s'engager en politique ou d'aller chez lea psy... le risque est partout. Quel sera le risque qui nous mènera vers l'utopie ?

Ouais ouais. L'utopie. Désolé.e, mais à force d'années de pessimisme je préfère croire en l'utopie aujourd'hui, et me fourvoyer peut-être, mais c'est plus amusant. Prendre des risques pour créer une utopie, ça me donne envie de vivre. Et au pire, je mourrai en ayant essayé.


Quel sera le risque ?

Celui qui rendra le prix à payer presque aussi juste que la qualité de la finalité ?

L'important c'est le voyage, pas l'arrivée. A vous de voir ce que vous coûtera la traversée.



signé : une abeille lunaire


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