j'emmerde les tca
- L'abeille lunaire

- 24 janv.
- 3 min de lecture
J'ai déjà écrit sur les TCA (voir article « TCA, dépression et cie... jusqu'où sommes-nous conditionnés ? »), mais j'ai toujours l'impression de devoir y revenir. Rappeler les bases, à moi-même et à toustes celleux qui tomberaient sur ces mots. Alors j'écris un article plus simple, plus court, plus énervé.
J'ai déjà écrit sur les TCA, et j'en parle le plus possible autour de moi. Pourtant ça grouille encore dans mon ventre, entre mes côtes, la frustration, la colère et la tristesse circulent et se battent. L'impuissance face aux souffrances d'autrui, pire, l'incapacité à gérer les miennes.
Avoir des TCA (Troubles du Comportement Alimentaire) c'est vraiment le karma des gentes qui pensent devoir ou pouvoir tout contrôler. Non, on ne peut pas, chèr.es compagnon.nes. Au même titre qu'on ne peut pas contrôler nos émotions, les émotions des autres, nos pensées et encore moins celles des autres, on ne peut pas empêcher notre corps de vivre. On ne peut pas l'empêcher d'aller aux toilettes, de grandir, de changer, d'avoir faim et soif tout au long de la journée. Et on pourra essayer aussi longtemps qu'on le voudra, croyez-moi, le résultat sera toujours le même.
Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ce n'est pas de notre faute. Je ne dirais jamais ça, et bien évidemment que c'est ici une critique de la société réglée, carrée et étriquée dans laquelle nous devons vivre, soi-disant.
Bien évidemment.
Parce que je vais vous dire un secret : je ne connais pas une semaine sans crise, sans restriction, sans problème lié à mon corps ou à l'alimentation... sauf quand j'ai eu l'occasion de passer une semaine loin de ma vie académique.
Une semaine sans la fac, sans le cadre capitaliste, libéral et impérialiste de la ville, une semaine dans un monde un peu hors de cette réalité dystopique, et mon corps était redevenu un corps, la nourriture de la simple nourriture. Je crois que l'équation est assez simple.
Je ne dis pas qu'il y a une solution magique. L'environnement influence mais ne détermine pas tout de notre mal-être. On ne guérit pas facilement de l'empoisonnement. Donc oui, même si nous n'avons pas choisi d'avoir ces troubles, c'est à nous de les combattre maintenant. Personne ne le fera à notre place. Pour certain.es il faudra aller vivre ailleurs, vivre une vie moins stressée, au rythme moins extrême, pour d'autres il faudra faire une thérapie, du sport, ou au contraire arrêter toutes les activités liées au corps. Bref, pas de solution magique. Mais une certitude : il faut vivre.
Je refuse de passer la seule vie que j'ai à subir les conséquences d'injustices.
Je refuse de passer cette vie à souffrir d'avoir un corps.
Je l'écris, maintenant il faut le penser,
le choisir. Choisir de vivre, guérir, se battre, exister.
Choisir de lâcher prise, pour de vrai.
Pas juste des mots, pas juste des mots.
Un jour, au cours de notre Histoire, certain.es ont jugé bon d'instaurer un système capitaliste. Il s'est développé, développé sans mauvaises intentions, si on peut dire ça comme ça. Juste faire de l'argent, « juste » faire du profit, s'émanciper de la féodalité et offrir les mêmes chances de réussite à toustes. Bon. Mais ça a dégénéré, et là ça devient vraiment impardonnable.
Le système s'est nourrit des inégalités pour grossir, pour ne pas mourir, perdant de vue l'idéal égalitaire qu'il aurait pu avoir. Le patriarcat ? L'impérialisme ? Autant s'en servir, puisqu'ils sont là. Et le capitalisme est devenu le monstre mangeur d'hommes que nous connaissons aujourd'hui. Des buts arbitraires et inutiles, des idéaux stupides, inhumains, un individualisme qui nourrit ces mêmes buts qui ne mènent à rien... On tourne en rond. Tout ne vise que l'argent et le profit. On s'en rend compte, et on ne fait rien. Vivre à courir après l'argent, vraiment ?
Je ne suis pas en colère contre le capitalisme, le racisme, le patriarcat et le culte d'un corps mince, je suis en colère contre celleux qui ne se questionnent pas, qui ne veulent pas se questionner, celleux qui savent mais se contentent de ces horreurs car ça fonctionne pour elleux, celleux qui préfèrent ce confort hideux au confort risqué de toustes.
Je suis en colère contre la perpétuation de nos erreurs. Je ne suis pas en colère contre des idées abstraites, je suis en colère contre ces personnes qui veulent continuer, en toute connaissance de cause, de nous emprisonner dans des illusions. Platon est ce qu'il est, critiquable et ennuyeux, mais la métaphore de la caverne a de la pertinence. Ne vivez pas en vous comparant aux ombres.
Les ombres ont la taille fine, mais ce ne sont que des ombres.
Vous êtes bien plus.
De chair et de sang,
de pensées et de rêves,
de force et d'ambition,
mais mangez, mangez
comme on arrose une fleur.
Le petit prince vous laisserait-il mourir ?
On sait bien que non.
Soulevez-vous, poussez,
poussez jusqu'à fissurer la prison de verre.
Signé : une abeille lunaire




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