Who can beat Beauty and the Beast ? #1
- L'abeille lunaire

- il y a 6 jours
- 28 min de lecture
La beauté est reine dans notre ruche occidentale et anxieuse. On la cherche, on la cultive, on repousse son départ, mais surtout : on la définit de manière arbitraire, de manière blessante et radicale ; on la cloisonne et on en fait une norme autant qu'un idéal.
Ce concept qui pourrait, sans mauvais jeu de mot, être beau, simple, pur et utilisé de manière innocemment naturelle, comme on le fait instinctivement devant une beauté de la nature (coucher de soleil, fleurs, montagnes) ou devant une œuvre d'art qui laisse peu de place au débat tant elle convainc même les plus aigris d'entre nous, est utilisé comme arme, comme critique, comme indicateur de marginalité et d'imperfection.
Ça pourrait être juste ça. Juste « moi, je trouve ça beau, magnifique, et je ne te demande pas de me prouver que j'ai raison ou tort, même si ce serait super d'en parler ensemble, je te demande d'accueillir mon propos, mon émotion esthétique, mon appréciation et mon affection ». Mais non.
Quand ça touche à l'humain, la beauté n'est plus innocente. Nous n'avons pas le droit de trouver quelqu'un.e beau ou belle sans devoir nous justifier, sans devoir le prouver, sans devoir s'expliquer. Autre problème, le fait de n'en avoir rien à foutre. Si nous ne sommes pas un.e humain.e qui cherche à atteindre une forme de beauté (car nous verrons qu'aussi idéale, radicale et mutilante soit-elle il y a plusieurs catégories de beauté) alors nous sommes bizarres ou de faux modestes. Je retiens, pour le moment, toute rhétorique sarcastique et amère. Ça viendra néanmoins, ne vous en faites pas.
Petit à petit, la perfidie du terme se déploie dans les non-humains également : si je ne trouve pas beau cela alors je n'ai « pas de goûts », à l'inverse si je trouve beau ceci alors j'ai « des goûts de merde ». Intelligent, n'est-ce pas ?
Encore un autre problème : celleux qui pensent avoir le droit, compte tenu du contexte du terme et de l'histoire de la beauté sur laquelle nous allons revenir, de critiquer l'esthétique et le physique de quelqu'un d'autre.
Je tiens ici à démontrer en quoi, même si ce devrait être un terme neutre et purement appréciatif, positif et agréable, il est violent, au mieux superficiel, hypocrite, parfois source de manipulation et de bêtise, et donc que toute remarque, qu'elle soit bonne ou mauvaise, est déplacée et terrible pour l'être la recevant. Je tiens ici à démontrer ce qu'implique d'être belle ou beau aux yeux de ce monde qui définit ce (fucking) terme ; je tiens ici à démontrer ce qu'implique de ne pas l'être aux yeux de ce monde-ci.
je ferai cet article en trois parties
ceci est la première
I) L'histoire du terme, en gros
philo, étymologie, sa place dans les civilisations,
souligner la relativité et les changements de normes
selon les sociétés et les époques
Je sais que ce n'est pas la partie la plus fun, alors je vais essayer de la rendre aussi agréable qu'elle est intéressante. Tout d'abord, les étymologies donnent une bonne idée des sources où nous avons puisé nos mots et nos idées.
Je me demande parfois comment les mots et leurs définitions ont été inventées... hegel dit que la pensée sans le langage n'existe pas, mais n'étant pas d'accord avec ce monsieur, je me demande quand une random personne a eu l'idée de définir « bellitās » comme étant une « qualité » et un « état de ce qui est bon » (okay dude).
Genre il s'est réveillé et il s'est dit « au fait ! Le terme qu'on utilise pour parler de notre vin là, faut lui donner une définition.
-Une définition ?
-Des mots en plus pour expliquer le mot.
-Mais pourquoi ?
-La postérité, slay auprès des générations futures, t'inquiètes »
Et le fait est qu'on les cite beaucoup. BREF.
Bellitās a donné « beauté », et si, à l'origine de la définition random du dude latin, ça n'a pas de lien particulier avec le concept d'esthétique, ça suppose malgré tout une forme de positivité, de bonté, d'agréabilité qui, très vite et de manière un peu obscure, sera associée à l'esthétique. L'esthétique, ou pour le dire autrement : le physique.
En philosophie quand on parlera d'esthétique on parlera d'un domaine dans l'art et la pensée, c'est toujours abstrait, mais ça renvoie toujours plus ou moins au domaine physique. L'esthétique s'applique au réel : un jardin, un arbre, un éclair dans le ciel, une pâtisserie... nan, enfin bon. Je divague.
Le fait est que l'esthétique est une réflexion sur une forme, une réalité, pas une entité abstraite. Est-ce qu'un concept a une dimension esthétique ? Sans doute, mais ce n'est pas le centre de la réflexion esthétique en philosophie.
Mais l'esthétique ce n'est pas que ça, c'est aussi le soin et l'art que l'on applique au corps. Une entité physique. Pour le dire plus simplement... si on peut théoriser l'esthétique dans un domaine physique naturel (l'arbre, l'éclair, ou l'éclair qui foudroie l'arbre) l'on peut évidemment le théoriser sur notre corps. Non seulement on le peut, mais il le faut, car cela a été fait hors du domaine de la réflexion. La politique, la religion, le patriarcat, tout ça s'est déjà emparé de la réflexions des corps brutes, des corps que l'on ne veut pas voir ou assumer, les corps qui pleurent, qui changent, qui font l'amour ou qui boivent seuls une liqueur au bord d'une fenêtre, toujours des corps.
Il est temps de s'intéresser à l'esthétique qu'ils désirent et, à l'inverse, à celle qu'on leur impose depuis des siècles.
HISTORY TIME.
Je vais faire court, mais ce résumé va avoir son importance dans le plot je vous promets.
Sources, deux articles dont je tire les citations que je juge les plus pertinentes :
on remarquera que l'histoire de la notion et les analyses du sujet se concentrent sur les femmes
on se fiche apparemment de savoir comment les hommes prenaient soin de leur corps,
comment ils s'habillaient et comment ils le sculptaient, et pourquoi,
on s'en fiche mais surtout c'était moins un diktat, moins une obligation officieuse
déjà la taille des deux articles côte à côte... c'est si drôle (drôle amer)
Je vous conseille aussi le livre "Mangeuses: Histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l'excès" de Lauren Malka
Mine de rien, vous vous rendrez vite compte que la réflexion sur la notion de beauté recoupe les luttes féministes et les problématiques liées à l'alimentation.
Déjà durant l'Antiquité, le rapport au corps est clair : il y a une norme, oui, une logique à suivre pour être accepté.e dans la Cité. « Les femmes achéennes sont drapées dans des tuniques laissant voir la forme de leur corps aussi athlétique que celui des hommes ». Egalité serait beaucoup dire, mais il y a, chez les hommes et chez les femmes de la période archaïque un culte du corps sculpté. Ce corps parfait chez les Grecs, ni trop mince ni trop gras, est la continuité d'une idée bien précise : Kalos kagathos.
« Selon Ioannis Fappas, le mot "kallos" est une idée et non un mot. On peut le traduire par "beauté" mais pour les antiques ce mot va bien au-delà de cette signification. Dans son expression initiale, l’idée de "kallos" signifiait la beauté extérieure c’est-à-dire le paraître ; mais à partir de l'époque de la poésie archaïque et épique, le mot "kallos" commence à acquérir le sens de beauté non seulement extérieure, mais aussi intérieure.
Si, par exemple, nous voyons une représentation d'un héros ou d'un athlète, nous pouvons voir la représentation extérieure de cette beauté, mais aussi la beauté intérieure de son âme. »

C'est ce lien corps-âme qu'exprime ma formule Kalos kagathos. En effet, cette locution signifie littéralement « bel et bon ». Donc un esprit sain dans un corps sain :) je sais, encore tellement actuel.
Cette formule représente notamment un « idéal d'harmonie » sur le modèle à la fois de l'athlète et du philosophe, le parfait citoyen.
« L'expression kalos kagathos a suscité à travers les siècles l'intérêt des philhellènes et des historiens qui lui ont attribué un sens variable selon leur époque. L’historien Henri-Irénée Marrou définit la kalokagathia comme le fait « d'être un homme bel et bon» où beauté érotique du corps s'accompagne de bonté morale. Il soutient qu'un équilibre entre qualités physiques et intellectuelles ne peut qu'avoir été favorisé brièvement par l'éducation hellénique puisque les formations du corps et de l'esprit développaient chacune des habitudes de vie distinctes et une culture diamétralement opposée.
Pour lui, si cet idéal était venu à se réaliser dans la Grèce antique, il ne pouvait que s'accomplir dans et par l'effort sportif. L'homme kalos kagathos (...) impressionne donc beaucoup plus par ses qualités physiques qu'intellectuelles car sa morale ne s'exprime que dans sa pratique sportive »
Et, si je puis me permettre, ce sera le seul moment de l'histoire (ou du moins de l'article) où nous mentionnons aussi bien le corps des femmes que celui des hommes.
Ici, le beau corps concerne presque surtout celui des hommes. Si l'on se trouve toujours dans une société patriarcale, il faut donc incarner cette « force » et cette « perfection », cette « capacité » à prendre en charge la société, la femme et les esclave (car non la Grèce Antique n'avait rien de glorieux, d'égalitaire, de super démocratique non plus, encore moins d'inclusif, c'était différent, parfois « mieux », souvent « moins bien », bref je ferme littéralement la parenthèse). D'où un corps et un esprit harmonieux. L'ambition de l'équilibre absolu au sein de l'individu, aussi vain et nocif soit-il, occupe une place immense dans la réflexion grecque.
Les femmes devaient également répondre à cet impératif d'équilibre, mais avec la faiblesse en plus. Athlétique, oui, mais moins fortes malgré tout. Nous pouvons lire ceci :
« Le corps des femmes spartiates tend à se distinguer de cet idéal de beauté. En effet, les femmes spartiates étaient généralement plus grandes que les femmes des autres cités grecques, en meilleure forme physique, bronzées et, avec le temps, elles vieillissaient mieux et vivaient probablement plus longtemps que les autres femmes grecques. D'ailleurs, si les Athéniensétaient prêts à admettre que les femmes spartiates pouvaient avoir un joli visage, ils présumaient que ces dernières, parce qu’elles étaient connues pour faire de l’exercice, développaient des corps massifs et musclés si peu féminins qu’ils semblaient pouvoir « étrangler un taureau ». Les femmes spartiates bénéficient de plus de libertés et de responsabilités que les autres femmes grecques.
Dans les autres cités grecques, les filles n’avaient pas la permission de mettre les pieds hors de chez elles ; ne faisaient pas d'exercices ; étaient contraintes à la sédentarité. Les femmes du reste de la Grèce étaient rabougries en raison d’un régime pauvre en protéines. L’impact sur l’apparence physique des autres femmes grecques aurait été que les femmes étaient nettement plus petites que leurs propres hommes et sans muscles développés sans pour autant être nécessairement minces. »
La façon dont est perçu et traité le corps féminin influe sur les droits qui lui sont accordés. C'est ce qui me saute aux yeux. Et la majorité du monde perçoit le corps féminin, avant tout féminin, comme un ornement, quelque chose qui doit être travaillé, lissé, rendu joli pour... le regard masculin ? Quoi d'autre ? On ne lui offre aucune autre possibilité, de toute façon. Si on lui dit d'être musclé, il devra toujours l'être moins que le corps masculin, sinon il ne sera plus perçu comme étant féminin.
Nous sommes au cœur d'une réflexion et de processus historiques ULTRA binaires, je tiens à le préciser. Certaines « femmes » ont dû trouver plaisir à ne pas être perçues comme des femmes. L'essentiel ici est de démontrer, surtout et avant tout, l'impact du regard de notre société sur notre corps et sur notre vie. Homme ou femme, finalement, peu importe ce que nous sommes vraiment, notre existence est déterminée par la façon dont la société nous voit.
« L'idée de s'embellir, de se faire beau, d'accueillir la beauté extérieure était déjà commune dans le monde grec. Notons que "kallos" fait référence autant au monde extérieur qu’au monde intérieur. Il en va de même pour l'embellissement : on se farde, on se fait beau afin d'obtenir la beauté extérieure, d'être attirant pour l'autre. Il y a même des cas où l'on se fait beau afin de séduire la déité à laquelle on croit et donc atteindre enfin la beauté intérieure. »
Alors on se « farde », on « s'embellit » en espérant devenir meilleur.e ainsi. Bon.
Puis l'on passe à la Rome Antique, et là les hommes disparaissent du discours. Mais bien sûr que ce sont eux qui écrivent les discours et l'histoire, ces impératifs sont les leurs et ne sont destinés qu'aux femmes, comme c'est surprenant.
« Les femmes de la Rome antique soignaient leur apparence physique avec d’autant plus d’attention qu’une croyance populaire associait la beauté physique aux qualités intérieures. L’extérieur était alors considéré comme le miroir d’un beau tempérament, de dons intellectuels et de qualités morales. »
On retrouve ici le « kalos kagathos » et l'ambition, peut-être l'illusion qu'un corps sain abriterait un esprit sain. A mon sens la réflexion devrait être inversée, à la rigueur, mais soit. Il y a déjà, cependant, une différence entre « nous voyons une représentation d'un héros ou d'un athlète, nous pouvons voir la représentation extérieure de cette beauté, mais aussi la beauté intérieure de son âme » et « les femmes de la Rome antique soignaient leur apparence physique ».
Comme quoi, il nous en faut peu pour passer l'arme à gauche.
« Comme les Romaines se devaient d’être en bonne santé pour avoir des enfants, elles veillaient aussi à garder la forme physique. Leur corps devait être sain avec de légers arrondis : elles pratiquaient une activité sportive sans excès pour maintenir leurs rondeurs ; les petits ventres étant appréciés car la maigreur était synonyme de fragilité comme à la grosseur était signe d’un manque de maîtrise de soi. »
Ai-je besoin de développer ?
La femme, bonne à enfanter ou à être baisée, dans l'idéal les deux. Mais on ne veut pas baiser « n'importe qui », alors ni gras ni maigre s'il-vous-plaît. D'ailleurs, que cela vous plaise ou non, la société patriarcale décidera du corps « bon » à avoir. Déjà la pression, l'injonction. Dans aucun article, aucune recherche, ni même aucun propos actuel je n'ai entendu une femme exigeer d'un homme qu'il soit ni trop gras ni trop maigre.
Gros, maigre, barbus, imberbe, peu importe, la femme cherche l'homme, pas ce qu'il est censé représenté. Elle cherche l'individu. Alors que l'homme, depuis l'Antiquité, recherche une belle femme. C'est tout. C'est. Tout. Une mère ou un vagin. Les deux de préférence. Car, à quoi sert une femme ? Si elle fait du sport, si elle cherche à être en bonne santé, c'est dans l'idée de procréer, de plaire à ces messieurs, bien évidemment. Alors qu'un homme qui fait du sport ou qui cherche à être en bonne santé... c'est normal de se dire qu'il fait juste ça pour être en forme. Les femmes n'ont-elles pas le droit, elles aussi, de simplement vouloir « être en forme » ? Et si elles s'en foutent du sport et des régimes minceur, ne pouvons-nous pas juste leur foutre la paix ?
Je crois qu'elles sont assez grandes pour gérer sans vos mode d'emploi du corps parfait.
« Début du XIVe siècle : bealte, « attrait physique », « bonté, courtoisie ».
De l'anglo-français : beute. Vieux français : biauté, « beauté, séduction, belle personne »
(XIIe siècle, français moderne),
Plutôt beltet, du latin vulgaire *bellitatem (nominatif, bellitas : « état de ce qui est agréable aux sens »), du latin bellus « Joli, beau, charmant », en latin classique, employé surtout pour les femmes et les enfants, ou de manière ironique ou insultante pour les hommes. (est-ce l'origine des insultes qui sont toutes sexistes ou homophobes mdr ?)
Au Moyen-Âge, la beauté vient d'en haut. Durant la période médiévale, le beau est à l'honneur par les relations prescrites par la féodalité, dans laquelle la société est pyramidale, puis par la religion où l'idée de beauté est avant tout verticale, tout jugement vient du haut. »
Arrive le Moyen-âge qui a, pour le meilleur et pour le pire, hérité des pensées greco-romaines. De pensées grecques déformées par le catholicisme, mais l'on retrouve des standards de beauté idéaux, symboliques comme ça devait l'être durant l'Antiquité. Le focus sur la femme et l'aspect hiérarchisé, pyramidale, rappelle les propos de la Rome Antique.
Autre héritage de la Rome Antique : l'on commence à fracturer les corps en des descriptions chirurgicales de leurs zones. Hanches. Fesses. Seins. Teint. Se dessine, de manière plus ou moins assumée, tout ce qui importe chez la femme. Ses organes reproducteurs et son air innocent.
« À l’époque du Moyen-Âge, le catholicisme romain va dicter les standards de beauté, qui sont ici très allégoriques. À l’image des représentations de la Vierge Marie, le visage de la femme doit être symbole de pureté donc à cette fin, le maquillage est proscrit et le teint doit être très pâle. La jeunesse est considérée comme synonyme de beauté. Les seins de la femme idéale sont petits et ses épaules sont larges. Elle doit avoir une taille très fine et des hanches étroites.
Toutefois, le catholicisme introduit aussi une vision paradoxale du corps de la femme car d'un côté, les formes féminines font l’objet d’admiration et sont synonymes d’opulence, d’abondance et de richesse mais de l’autre côté, pour éviter de commettre le péché capital de la gourmandise, les corps trop charnus sont sévèrement réprimés »
L'idéal et la beauté, les deux ensemble et séparément, sont divins. Vous remarquerez que la femme doit faire attention à bien tendre correctement vers ces principes inhumains, par définition (puisqu'ils sont divins) tandis que nulle part on ne lit que les hommes, eux aussi, doivent être aussi beaux que Dieu, ou du moins s'en rapprocher.
Autre chose que l'on peut noter : les seules raisons pour lesquelles l'on réprime les rondeurs, les corps « trop charnus » ou, durant la Rome Antique, la « grosseur » est parce que cela serait synonyme de péché, de manque de contrôle sur soi. C'EST. TOUJOURS. D'ACTUALITE.
Laissez les gros tranquille, ce n'est pas parce que vous êtes des freaks du contrôle et que vous pensez avoir raison et la réponse à tout que vous devez l'imposer aux autres. Cette manière de faire c'est juste la définition du fascisme :)
La suite. (I'm on fire)
On passe à la Renaissance.
« Les canons de beauté de la Renaissance sont pulpeux. (...) Toutefois, la beauté se définit aussi à travers l’humilité, la modestie et la chasteté. (…) À la différence du Moyen Âge, les femmes se maquillent pour sublimer le naturel. Les bras sont potelés et les hanches larges. La taille apparait toujours aussi fine mais le volume de la poitrine se voit renforcée par des corsets. Même s'il réduit la taille des femmes, le corset, en soulignant la poitrine et les fesses de la femme, fait suggérer qu'elle est fertile. »

Presque l'impression que ces paragraphes m'attendent au tournant pour que j'en souligne l'absurde cruauté. Si la rondeur était auparavant réprimée pour cause de « manque de contrôle » (et on n'aime pas les femmes qui échappent à notre contrôle) elle commence ensuite à devenir un signe de fertilité assumé, recherché, imposé. Donc on a fait des rondeurs un péché, un complexe donc (entendons-nous), et maintenant c'est au tour de la maigreur. Les femmes ne seront jamais tranquille.
Je précise que je n'ai pas commencé cet article avec l'idée d'en faire un traité féministe mais bien de parler du privilège de la beauté et de l'importance démesurée qu'a cette notion dans nos vies, que l'on soit femme, homme, non binaire, trans, je m'en fous. LE FAIT EST que les personnes qui souffrent le plus ou sont enfermées dans les cadres et les diktats les plus difficiles sont toujours les mêmes : les femmes et les minorités. Alors oui je m'attarde sur ce que les femmes ont subies, ce qu'on leur a fait subir, car cela permettra de mettre la lumière sur ce qu'elles vivent, encore et toujours au XXIème siècle.
Car si le privilège de la beauté existe, il n'est pas neutre lui non plus. Et parce que les privilèges se cumulent, toujours et sans cesse, un homme qui a le privilège d'être beau et une femme qui a le privilège d'être belle ne sont toujours pas, malgré leur privilège partagé, sur un pied d'égalité. Mais je reviendrai sur ces subtilités dans les prochaines parties de l'article.
« Le siècle des Lumières veut se démarquer des excès du siècle précédent. Le naturel fait sa réapparition dans les canons de beauté. Les cheveux sont libérés et les vêtements ne coincent plus le corps des femmes. Le maquillage se fait toujours avec du rouge pour mettre les pommettes et les lèvres en valeur mais sans être ostentatoire. Une personne qui illustre à merveille cet état d’esprit est la reine Marie-Antoinette. »
Il est fascinant de remarquer que les critères de beauté, de la Renaissance jusqu'à disons la révolution française ou peut-être la révolution industrielle, ont peu évolué. C'était un mélange paradoxal entre contrôle de soi et liberté, beauté maquillée et naturelle, voire un désintérêt de la beauté, dans les classes populaires, par soucis pratique, et se concentrer sur la fertilité... Car bien sûr, les critères de beauté ne sont pas les mêmes, à ces époques, selon les classes sociales.L'article parle de Marie-Antoinette, mais peu importe ce qu'elle incarne elle n'est ni le modèle ni l'idéal des femmes des classes populaires qui ont bien plus urgent à faire que de porter des perruques improbables et des robes bouffantes. La Beauté, à la Renaissance et après, est aristocratique. Même son aspect le plus « naturel » et « libéré » est romantique mais très littéraire, idéalisé et un joli rêve pour celles et ceux ayant le temps de rêver.
Pour le dire simplement, il est facile de définir la beauté et de l'incarner dans son quotidien si l'on est la reine. « Le naturel fait sa réapparition dans les canons de beauté », mais qui suit ces canons ? Aujourd'hui, peu importe les classes sociales, les diktats sont à peu près les mêmes car ils sont diffusés par les mêmes médias : majoritairement les réseaux sociaux. À la Renaissance, pas sûr que la beauté, naturelle ou pas, soit ce que recherche la paysanne.

« Au fil du temps et des cultures, de nombreuses idées ont été émises sur ce qu'est le beau féminin pour l'image corporelle d'une femme. La façon dont une femme suit ces idéaux de beauté peut également influencer son statut social au sein de sa culture. »
Je le souligne pour préciser que la beauté n'a fait que prendre de plus en plus de place dans nos vies. La paysanne peut être coquette, ça oui, mais subir les diktats de la beauté ça veut dire être rattrapée par la soit-disant civilisation moderne. Dès qu'on parle de « canons de beauté » ce n'est plus la coquetterie naturelle et libérée, c'est une construction qui prend des apparences de naturel, de liberté, d'idéal.
En Philosophie on a des réflexions qui prennent forme. Burke et Kant réfléchissent tous les deux à la notion de Beauté mais l'appliquent majoritairement au domaine naturel. Ils l'opposent d'ailleurs au concept de « sublime » qui, malgré sa splendeur, peut provoquer terreur et effroi. Le sublime n'a pas été un terme qui a été associé au corps humain, sauf avec les romantiques, les poètes, les aristos qui aiment trouver de jolis mots (souvent déshumanisants, même si poétiques) pour dire qu'ils aiment quelqu'un ou quelque chose.
Jusqu'au XIX ème siècle, donc, la beauté exigée est paradoxale, que cela soit parce qu'elle diffère selon les classes sociales ou parce qu'elle se contredit elle-même (ni maigre, ni gros, mais donc un état de vigilance constant même si on prétend revendiquer la liberté).
Puis, révolution industrielle. La modernité ! Le progrès ! La liberté ! Je vous laisse apprécier la frivolité des canons de beauté. Eux qui avaient au moins le mérite de tenir un siècle ou deux sont désormais revisités à chaque décennie, quasiment. Ils me donnent le tournis, mais je vous laisse juger avant toute chose.
« Gibson Girl incarne rapidement un nouvel idéal, qui perdure jusqu’au début du XXe siècle et qui est rapidement copié par les femmes américaines, alors qu'elle n'est qu'un dessin. La femme idéale est représentée grande avec des formes généreuses et une taille de guêpe.

(...)
L’idéal de beauté féminin est dans la continuité des années 1900, à savoir une grande fille mince à l’air innocent (EWWW pardon ça c'est pas dans l'article juste beurk). Le corset évolue pour prendre une forme conique et la silhouette en « S » disparaît. Néanmoins, la Première Guerre mondiale vient cependant tout chambouler et la beauté est reléguée au placard pendant quelque temps.
(...)
En 1920, la femme physiquement idéale a le corps mince et les cheveux coupés à la garçonne.
Les années 1930 mettent en avant les rondeurs féminines : ainsi, les courbes généreuses du corps, la poitrine et les hanches, sont mises en avant mais aussi le visage, les sourcils et les yeux ronds.
(...)
Le retour de la guerre en 1939 pousse à une modification des canons de beauté car la guerre pousse les femmes à faire preuve de simplicité et de fonctionnalité. Si les corps bien en chair sont toujours populaires, la silhouette se voit plus cintrée. Quant à la chevelure, par manque de budget, les cheveux courts sont progressivement abandonnés au profit de cheveux longs ou mi-longs et les cheveux sont maintenant coiffés vers le haut pour libérer le visage. Les femmes des années 1940 vont faire preuve de créativité pour faire prendre aux cheveux des formes plus sculpturales. Le maquillage survit malgré le manque de ressources. La bouche est redessinée en cœur et les sourcils sont maintenus fins et légèrement arqués.

(...)
Après la Seconde Guerre Mondiale, les critères de beauté sont chamboulés et se sexualisent
Le « bullet bra » qui donne une forme conique aux seins fait son apparition aux cours des années 1950. À travers ces vêtements,la femme idéale à la beauté absolue est censée être dévoilée aux yeux de tous.
(...)
Au milieu des années 1960, corps jeune (EW), très mince et long, La silhouette en H a émergé, est devenu populaire et décrit une nouvelle beauté qui défie tous les critères précédemment établis dans les décennies précédentes. Parallèlement survient le look hippie, avec ses cheveux longs et droits, qui redonnait un peu ses droits à la femme sablier.
(...)
La minceur resta une des caractéristiques de la beauté féminine dans les années 1970, mais les formes étaient aussi appréciées. Les femmes préféraient la beauté naturelle sans pour autant y sacrifier leur sex-appeal. Malgré cette course à la minceur, la femme parfaite des années 70 n’est pas décharnée, elle est mince
(...)
Les années 1980 marquent également le début d'une ère de remise en forme (…) symbole du "hardbody" (corps mince et tonique sans être trop musclée). (…) Dans les années 1980, les femmes ont commencé à adopter une apparence bronzée, grande, mince et légèrement athlétique
(…)
Les années 1990, l'« héroïne chic », Peau pâle, structure osseuse angulaire, membres très fins, l’idéal se concentre désormais sur la minceur et l’apparence squelettique des corps. Au fil des années, cet idéal devient encore plus exagéré.

Années 2000, La pâleur laisse place à une peau bronzée aux ultraviolets ou des produits autobronzants ; le corps reste mince mais doit être aussi tonique, la chevelure est longue et méchée. Les yeux sont joliment soulignés et les lèvres bien brillantes.
L’idéal féminin de beauté depuis la fin des années 2000 est le corps slim thick (« mince épais »), qui fut popularisé par l’influenceuse Kim Kardashian. Le corps slim thick combine minceur et formes rebondies : il se compose d'un décolleté voluptueux, des fesses ultrarebondies et une taille de guêpe, des cuisses musclées et toniques pour un ventre archiplat. »
Fun, nan ?
Même si l'article a le mérite de donner un panel historique assez clair, exhaustif, objectif et précis, j'ai envie de rappeler certaines choses essentielles. Premièrement, cette course pour atteindre la beauté n'est pas consciente. C'est une idée qui s'est incrustée dans les esprits à coup d'éducation, de publications, de propos souvent sexistes ou du moins machistes, discriminants et virilistes. Les femmes ne cherchent pas naturellement à être « belles », « minces », « fertiles » ou je ne sais pas quoi. Elles le font car elles évoluent dans un cadre oppressif.
Ensuite, si la recherche d'un corps beau, mince, gros, peu importe, est assumé et conscient de la part d'une femme, je pense que l'influence sinueuse et sociétale reste tout aussi important. Certaines personnes vont trouver ça bien pour elles, mais ça ne veut pas dire que c'est bien pour tout le monde.
Enfin, même les personnes qui assument de faire du sport ou un régime parce qu'elle veulent ressembler à autre chose sont souvent d'accord pour dire que c'est un peu con et qu'elles ne recommanderaient pas nécessairement ça à quelqu'un qu'elles aiment. La majorité des personnes que je connais sont d'ailleurs d'accord pour dire que ça fait souvent plus de mal que de bien, que ça leur bouffe du temps et de l'énergie et que, « si elles pouvaient », elles ne le feraient pas.
Mais vous vous rendez compte ? On a l'impression qu'on ne peut pas sortir de cette recherche de la beauté et de la perfection... c'est quand même terrible.
Bref je disais ça pour que vous fassiez attention aux formulations des phrases, en général, car le langage influence et structure notre pensée. Lire « les femmes veulent maigrir » et « l'idéal féminin et les canons de beauté poussent à maigrir », c'est différent.
Pour revenir à la beauté du XIX ème et XX ème siècle, on observe une accélération. Une surconsommation du corps et de l'idée qu'on s'en fait, une réification. Comme si, parallèlement à la production massive d'objets, on essayait de produire le corps parfait. Seulement bon, pour la beauté et le corps humain c'est différent. C'est moins stable. On pourra peut-être trouver à fabriquer la chaise parfaite et idéale, mais un corps ne se laisse pas enfermer.
Pourquoi tant de changement en seulement un siècle ?
Parce que c'est l'ère de la consommation.
« La minceur est un élément central de l’idéal de beauté féminin dans les sociétés contemporaines, qui est entretenue par la société de consommation. »
On a besoin de canons de beauté, chez les hommes aussi sûrement même si eux on s'en fout plus apparemment, pour consommer : des vêtements, des crèmes, des inscriptions à la salle de sport, la nourriture des fast food puis la nourriture à zéro calories des supermarchés. En bref, depuis la révolution industrielle on crée plein d'objets et de services, alors il nous faut des consommateurs. Il était donc essentiel, mais surtout efficace, comme on le voit, de faire croire au consommateur : qu'il est responsable, qu'il doit devenir meilleur, qu'il n'est jamais assez bien. Ainsi, le consommateur, quand il ne produit pas dans des usines, des champs ou dans des bureaux, consomme ce que lui et ses compagnons ont produit toute la journée, et redeviendra producteur le lendemain, puis consommateur. Producteur aliéné, bien sûr, comme le souligne Marx à cette même période. Quand je dis qu'il produit, je ne dis pas qu'il fabrique la crème amincissante de merde qu'il achètera ou transforme les pommes de terre en paquet de chips. Je dis qu'il participe au système et à l'entreprise qui produisent cette crème à moindre prix.

Le fait est que l'individu est à la fois son propre bourreau (oui, le bourreau c'est le patronat, mais si on part du principe que chacun est libre et conscient - et si ce n'est pas le cas alors il faut se demander pourquoi - alors ce faisant il participe à son oppression en s'y résignant) et victime d'une société qui le dépasse. Tu as besoin d'un travail. Tu as besoin de changer de corps. Tu as besoin d'une maison. Alors travaille davantage. Et comme l'individu est certain qu'il a besoin d'un autre corps et d'une voiture neuve, il va travailler, quitte à en souffrir et en souffrir toujours plus. Je ne pense pas qu'il faille remettre la faute sur l'individu, il n'est pas bête, mais je ne pense pas qu'il faille attendre que les choses se règlent toutes seules. Nous n'avons pas choisi la société dans laquelle nous vivons, et elle arrive avec son lot d'injonctions, d'obligations et de pressions, certes. Mais on peut choisir si on lui obéit.
Bien sûr c'est facile à dire, je le sais.
Tout comme c'est facile d'écrire que l'injonction à la beauté et au corps parfait c'est pourri et qu'il faut arrêter avec cette entreprise de la minceur et des rondeurs « juste là où il faut », mais à côté de ça je galère aussi.
Seulement, si on fait partie du problème, alors faut bien commencer à le démonter.
Si l'avant révolution industrielle révèle un contrôle patriarcal sur le corps de la femme, un soucis de l'apparence et une recherche de vertu intérieure et extérieure, l'après révolution industrielle révèle que le corps et l'individu, masculin mais surtout féminin, est devenu un produit de consommation, un projet, un objet à sculpter. La source d'une éternelle insatisfaction, le point de voûte du capitalisme, il s'en met plein les poches ce connard. Et vous savez pourquoi les critères de beauté changent aussi vite ?
« Toutefois, par définition, selon l'enseignante-chercheuse en psychologie Joan C. Chrisler, un idéal de beauté ne peut être atteint que par une minorité de femmes, sa valeur dépend de son caractère spécial et inhabituel ; dès qu'un nombre trop important de femmes se sont approchés de cet idéal, celui-ci doit alors impérativement changer pour conserver sa fonction d'incarner une perfection extraordinaire. »
Pourquoi ? Parce que les consommateurs sont réactifs, parce qu'ils vont vite et fort vers l'idéal qu'on leur fait croire qu'ils désirent, sauf qu'une fois arrivés au corps idéal ils n'ont plus besoin d'acheter les crèmes qui coûtent cher. Alors il faut un nouveau corps à atteindre, il faut créer de nouveaux complexes, parce que le système doit tourner, l'argent doit circuler, vous devez acheter cette nouvelle crème car vous avez un nouveau problème que vous ne soupçonniez pas.

Ouais, ouais c'est un dystopie. Non seulement une dystopie des corps, car c'est un peu le propos de cet article, mais aussi et surtout une dystopie politique. Tout est lié, que cela vous plaise ou non.
Cumul des privilèges, intersectionnalité, la montée du capitalisme d'un côté, la montée du fascisme de l'autre, la patriarcat qui s'installe et le féminisme qui prend forme, les femmes oppressées et les femmes libérées, toujours des hommes confiants et rassurés, les peuples colonisés, éradiqués, « éduqués » aux normes occidentales... tout est lié. Je ne peux pas parler de beauté, du privilège qu'il est, du vice qu'il est, des souffrances et des chances qu'ils provoquent, sans parler, ouais, du système économique qui porte ce mot et du système politique que ça arrange bien de voir l'économie tourner sur ces conneries.
Par exemple, je mentionne de loin le colonialisme, abordons le de plus près.
« Selon Wandering Pioneer, au Brésil, pendant longtemps, la femme brésilienne idéale avait les courbes généreuses « semblables aux contours d’une guitare plutôt qu’à ceux d’un sablier ». Dans les faits, cela signifie que les fortes poitrines ne préoccupaient guère les Brésiliens, qui mettaient l'accent sur la partie inférieure du corps plutôt que sur la partie supérieure. En revanche, plus les fesses et les hanches étaient « épaisses », plus la brésilienne était considérée comme désirable. Les femmes n'étaient donc certainement pas encouragées à être minces.
Cependant, ces dernières années, ces critères se sont toutefois estompés, les standards de beauté nord-américains ont commencé à se répandre au Brésil et à les remplacer progressivement.
Mais cette image du corps idéal et la volonté des femmes brésiliennes de ressembler à tout prix aux filles qu’elles voient dans les médias internationaux poussent des brésiliennes à se tourner vers la chirurgie esthétique : les augmentations mammaires et les cas d’anorexie sont en augmentation dans le pays, faisant ainsi du Brésil l’une des « plaques-tournantes » de cette pratique »
Et ce n'est qu'un exemple.
Un des propos racistes que l'on peut entendre serait de décrire les femmes noires comme des « grosses mama africaines », des femmes avec des courbes généreuses car, évidemment, elles ne sont utiles qu'à enfanter (des femmes et en plus elles sont noires, faut rien espérer de plus), d'où le terme "mama". Des mères, rondes, africaines forcément parce qu'on est nuls, et point final. Ni beau, ni laid, juste un constat : des mères et rien que des mères. Quel esprit étriqué.
Mais si pour nous occidentaux ce n'est qu'un signe de fertilité rabaissant – et nous sommes hypocrites, encore et toujours, car l'on fait croire que la femme moderne est « bonne à davantage » qu'à être mère, pourtant c'est une injonction, la maternité, qui pèse encore et toujours sur la femme « moderne » et occidentale – ça peut être leurs canons de beauté à eux. A l'image du Brésil, la beauté n'est pas nécessairement dans la maigreur, comme ça s'est installé en Europe et aux Etats-Unis.
Cependant, l'impact de nos idées de merde et notre colonialisme blanc sur le monde fait que même des personnes qui, peut-être, ont pu trouver ça cool d'avoir des formes (pour x ou y raison, on s'en fout) même dans un contexte local, culturel, avec sa propre histoire et ses propres codes, les individus, influencés et oppressés par la vague occidentale qui occupe Internet, vont soudainement plonger dans une recherche de la minceur pour ressembler aux corps blancs et minces qui tournent sur les réseaux sociaux.
Par exemple dans la culture ivoirienne :
« dans la culture populaire ivoirienne, les awoulabas sont de belles femmes ayant une jolie peau, un visage aux traits harmonieux, une forte poitrine, des hanches larges et surtout de grosses fesses. Le cou strié est aussi un signe de beauté en Côte d’Ivoire »,
Ou dans la culture indienne :
« Traditionnellement, la femme indienne idéale a une taille étroite, les hanches larges, une poitrine généreuse, de grands yeux, de longs cheveux noirs et un teint moyennement foncé. Cependant, cet idéal évolue sensiblement en Inde vers une norme de beauté plus internationale fortement influencée par les médias occidentaux »
Ouais, l'histoire de la beauté c'est aussi une histoire de colonialisme blanc bidon.
D'autres exemples d'idées nulles tenues par les occidentaux, qui font du mal non seulement aux occidentaux mais aussi reste du monde envers qui ils se sentent tellement supérieurs :
« plusieurs chercheurs spécialisés en psychologie féminine de trois universités américaines (le Macalester College, l'Université du Michigan et l'Université de Virginie) ont collaboré lors d'une étude sur l'influence des normes de beauté hégémoniques sur les femmes afro-américaines et ont constaté que l'intériorisation des normes de beauté hégémoniques (qui sont eurocentrées et concentrées sur la minceur aux États-Unis) par les femmes noires avait un impact négatif sur leur bien-être intime »
« Julie Mastrine explique que les critères de beauté en Espagne restent assez similaires à ceux du reste de l'Europe : les femmes sont considérées comme belles lorsqu'elles sont minces, ont le teint clair et sont bien habillées
(...)
Ipsos a effectué une enquête sur les perceptions de la beauté à travers le monde en 2019, qui a montré qu'en Russie, le bonheur était considéré comme le principal attribut de la beauté féminine par 90 % des femmes et environ les trois quarts des hommes(how surprising ce taux d'implication ultra genré dans le fait d'avoir un corps qui correspond aux attentes).
(...)
Selon Wandering Pioneer, les standards de beauté américains sont « parmi les plus irréalistes et inatteignables au monde ». D'après le site, il y a en effet un décalage entre l’idéal de beauté de la femme américaine véhiculé dans les médias, représentée « grande, mince, élancée, à la poitrine généreuse, cheveux flottants et au corps athlétique » et la réalité qui veut que chaque photo soit retouchée.
Le « corps parfait » présenté par les médias et la publicité semble inaccessible pour la plupart des gens, après consultation des statistiques de la chirurgie plastique aux États-Unis qui montrent 15,1 millions de procédures en 2013. Le nombre de femmes qui passent sous le bistouri pour une augmentation mammaire et des fesses, de nombreuses patientes citant les selfies comme raison de la chirurgie plastique, continue d'augmenter alors que la pression culturelle insiste pour avoir un corps galbé mais tonique.
Plusieurs femmes américaines seraient obsédés par l'objectif d'atteindre à tout prix la perfection physique, elles ne cherchent pas à améliorer leurs caractéristiques physiques mais à les perfectionner. »
FUN.
Et c'est sans mentionner les canons de beauté clairement pédophiles dont on voit une trace (moins assumée) en Occident (culte de la jeunesse, de la minceur et sans aucune pilosité féminine) mais qui est clairement assumée au Japon par exemple.
« L'idéal de beauté féminin nippon est une taille menue et svelte, des traits du visage fins, des petites parties anatomiques du visage hormis les yeux qui sont appréciés grands. Pour coller aux canons du Japon, selon bynativ, il suffit que les Japonaises suivent une règle très simple : paraître les plus enfantines possible.
En effet, au Japon, une femme est jugée plus séduisante lorsqu’elle a des grands yeux. Certaines femmes n’hésitent d’ailleurs pas à faire appel à la chirurgie esthétique pour se faire débrider les yeux.
(…) air enfantin »
Ce n'est pas l'Occident, me direz-vous, mais c'est un pays capitaliste, moderne, patriarcal, hétéro-normé et dont l'influence sur le monde ne cesse de croître. Ce serait dommage de se contenter de critiquer l'Occident quand les problèmes viennent de partout, ce serait se tromper « d'ennemi » de mettre la faute sur l'Occident et non pas sur un système politique, idéologique, économique et social. Mais l'essentiel à comprendre c'est qu'il n'y a pas un seul « méchant » dans l'histoire, pas un seul pays responsable ou une seule culture nauséabonde, il y a des problèmes incrustés partout dans le monde. Peu importe nos affections ou attirances ou que sais-je pour une culture, ou pour notre pays si on veut, il faut faire preuve de discernement et de réflexion critique.
Le Japon est un diffuseur de culture à l'échelle mondiale depuis environ le milieu du XXème siècle. Ça fait un peu moins de 100 ans que nous sommes inondés de mangas, d'anime, et autres documents alliant texte et image. Cette culture a un public, un public grandissant. Et cette culture, comme toute culture, impacte et construit l'esprit du public. Alors même si le manga ça peut être super, grandir avec ça a voulu dire grandir avec des logiques patriarcales, sexistes, capitalistes et libérales. Grandir en lisant des mangas c'est grandir entouré de corps fins, petits, aussi irréalistes que nos Barbies ou que nos mannequins anorexiques des années 2000 (et 2026 aled). A défaut de révolutionner la culture, le système capitaliste ou que sais-je, le monde entier, il faudrait au public une distance critique afin de dissocier « on me représente ça mais je choisis de ne pas l'incorporer » et « ça c'est cool, je veux être cool, je vais être ce qu'on me montre ».
OR encore et toujours, cette distance critique nécessite éducation, sensibilisation, et une éducation et sensibilisation faite sans tomber dans l'endoctrinement, le paternalisme, la domination, l'emprise, etc.
On me dira que c'est compliqué à réaliser, je dirai que ça vaut la peine d'essayer.
Voilà, coup d'envoie. Je donne le LA.
Et la suite ne sera plus l'histoire qui a été écrite mais l'histoire que l'on écrit aujourd'hui.
Accrochez-vous.
A suivre... Quand l'histoire dont on hérite mutile nos quotidiens.
signé : une abeille lunaire

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